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Le vélo pour lutter contre la pollution atmosphérique

Le vélo pour lutter contre la pollution atmosphérique

Le vélo pour lutter contre la pollution atmosphérique

07-11-2018

Pouessel Stéphanie

stephanie.pouessel@gmail.com

Biographie:

chercheure en anthropologie, militante pour la mobilité active, résidente en Tunisie.

Le Grand Tunis est sclérosé par les embouteillages et la pollution atmosphérique. Il y a 80% de voitures particulières et seulement 20% de transport en commun. Malgré la crise et les embouteillages, 80 000 voitures sont rajoutées chaque année sur le marché. L’émission de CO2 est de 2,5 tonnes par habitant (contre 0,40 en 1960).

 

Le diesel, qui est le carburant le plus utilisé, émet un taux de soufre autorité à 3000 ppm, alors qu’il est de 10 ppm en Europe! Le soufre est dangereux pour la santé et l’environnement, en partie à cause des particules fines issues de sa combustion.

Dans un classement regroupant 3000 villes du monde, les villes tunisiennes affichent respectivement les taux annuels de 34, 37, 25, et 38 μg/m3 de PM (particules extra fines inalables) 2,5 pour Bizerte, Sfax, Sousse et Tunis, (tandis que l’OMS recommande une moyenne annuelle de 10 μg/m3 de PM2.5), qui placent la Tunisie près du seuil critique.

.La pollution atmosphérique mène à l’essor des maladies respiratoires aiguës comme la pneumonie par exemple et les maladies chroniques comme la bronchite, l’asthme et le cancer du poumon. Elle favorise également les maladies cardio-vasculaires (AVC et infarctus) ainsi que des maladies neurologiques comme Alzheimer et un faible poids pour les nouveaux nés dont la mere a  été exposée.

Ce constant, s’il est alarmant, est aussi étonnant. En effet, la Tunisie s’est engagée officiellement dans la lutte pour le changement climatique. Elle a ratifié : la Convention « Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques » (CCNUCC) signée en 1993, « l’accord de Paris sur le climat » signé en avril 2016  ainsi que « l’Agenda 2030 de développement durable » approuvé par les Nations Unies dont l’objectif 13 invite les Etats à : « Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions ». Elle a également signé le protocole de Kyoto en 2002 qui vise à réduire les émissions des gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique.

Plus symbolique encore, la nouvelle constitution tunisienne votée en 2014 est, selon le juriste tunisien Fadhel Moussa, une des trois constitutions au monde à annoncer lutter contre le changement climatique. L’importance de contribuer à une sécurité climatique est souligné dans le préambule de la constitution sous ces termes “Conscients de la nécessité de contribuer à la protection du milieu naturel et d’un environnement sain, propre à garantir la pérennité de nos ressources naturelles et la permanence d’une vie paisible aux générations futures”. Ainsi que dans l’article 45 : “L’État garantit le droit à un environnement sain et équilibré et contribue à la protection du milieu. Il incombe à l’État de fournir les moyens nécessaires à l’élimination de la pollution de l’environnement.”

 

Pour toutes ces raisons, l’association Vélorution Tunisie a été créée en 2017 car elle pense que le vélo est une des solutions aux problèmes de santé publique, de pollution, d’embouteillages et de mobilité en Tunisie. Vélorution Tunisie est l’initiative d’un groupe de citoyens tunisiens habitant à Tunis et convaincus par la nécessité d’adopter plus massivement le vélo comme moyen de transport alternatif à la voiture. Elle vise à promouvoir la mobilité douce en Tunisie. Dans ce but, elle cherche à développer le vélo comme transport citoyen, écologique et respectueux de l’espace public. Pour cela, ses actions sont les suivantes : campagne de sensibilisation aux bienfaits du vélo (en terme de santé, d’écologie et d’économie) ; organisations de parades revendicatives à vélos chaque mois à Tunis et dans le grand Tunis ; participation à des festivals tunisiens sous forme de parades à vélos, de projections de documentaires ou de débats sur le thème du vélo en Tunisie ;plaidoyer en direction des autorités pour le développement de structures adaptées pour l’utilisation des vélos ; vélo-école. La mobilité à vélo est une solution à de nombreux problèmes que rencontrent la société tunisienne : en terme de santé publique (le vélo prévient un grand nombre de maladies et aide à la gestion du stress), en terme de crise économique (le vélo permet des économies en terme d’essence, d’entretien de voiture ou de transport en taxis), en terme écologique (lutte contre la pollution en ville). (Présentation visuelle de l’association en pièce jointe).

 

L'association appelle à des grandes manifestations urbaines nommées « masses critiques ». Le départ est donné de lieux historiques et patrimoniaux comme la Porte de France à l'entrée de la médina de Tunis, la porte historique de l'entrée de la Goulette, la place du Saf-Saf de la Marsa ou encore le Jardin aux roses Bir Belhassen de l'Ariana. Revisiter le patrimoine tunisien grâce au vélo est aussi un des objectifs du mouvement. Grâce au potentiel de diffusion et de mobilisation des réseaux sociaux, plusieurs centaines de cyclistes défilent à chaque parade revendicative et festive sur des circuits d'environ 10 kilomètres définis à l'avance (des parades qui ont eu lieu au centre-ville de Tunis, à Bardo, cité Olympique, La Marsa, La Goulette-Le Kram-Carthage et L’Ariana). Entre avril 2017 et juin 2018, plusieurs milliers de passionnés de vélos ou simples amateurs ont pris part à ces manifestations.

Parmi ceux qui répondent à l'appel de Vélorution se côtoient femmes et hommes de toutes générations -avec une présence féminine en crescendo-, de toutes catégories professionnelles, de tous quartiers et de toutes régions. Des jeunes rejoignent régulièrement les parades depuis les villes de Nabeul, Hammamet ou Bizerte à plus de 60 kilomètres de Tunis.  De ces rassemblements cyclistes, des groupes sont nés qui organisent régulièrement entre eux des sorties urbaines à vélo.

Ce mouvement tire sa force d'une volonté de réappropriation de l’espace public. Les militants demandent en effet à l'Etat un partage des infrastructures via la mise en place de pistes cyclables. Deux des slogans du mouvement sont : « la rue est à nous tous » (lkayes mta'na lkol) ou encore « les rues nous appartiennent » (we own the roads). Le vélo devient un médiateur de citoyenneté. Il porte le projet d'habiter la ville autrement : s'affranchir de la dépendance à des transports publics insuffisants, du stress, de la perte de temps et d'argent causés par les embouteillages, lutter contre la pollution et protéger l’environnement. 

 

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